ou sauver le monde en - de 60000 signes

Bon, un peu de sérieux, s’il vous plaît, voici l’épilogue.

Les personnages évoqués dans cette nouvelle (en particulier Jean-Guy et l’homme à la moustache) ainsi que les situations décrites ne sont absolument pas fictifs (manque d’inspiration de la part des auteurs ou vengeance par clavier interposé ? Mystère et boule de gomme). Toute coïncidence avec des personnes ou faits réels (mais non, les escaliers de l’ECE ne sont pas dangereux pour la santé. L’administration nous l’aurait dit si cela avait été le cas… non ?) n’est ni fortuite ni involontaire, et est totalement dépendante de la volonté des auteurs (quoique… la possession démoniaque par le sudoku peut servir d’excuse à la stupidité de certains de nos propos).

Les co-auteurs ne tiennent pas à s’excuser pour le delirium tremens qui les a pris et qui empêche tout lecteur ne connaissant pas les trépidantes aventures du groupe 1 de la promo 2010 de l’ECE de saisir toutes les allusions faites au cours du récit (trop de mots tue le mot, je suis au bord de la syncope, de l’air, de l’air !!).

Bref, tout ça pour dire que l’équipe de communication et moi-même avons pris énormément de plaisir à la rédaction de cette nouvelle, qui nous a permis de compiler la plupart des moments cultes que nous avons vécus, après leur avoir fait subir quelques petites modifications, cela va de soi. Car, et j’espère ne rien vous apprendre, les Geeks n’existent pas.

Du moins… pas les Geeks avec un grand G.

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Chapitre 16 où Thalie rentre chez elle après une longue journée de bureau

(Voix off : C’est honteux. Honteux, pathétique, méprisable et même insultant de faire une fin pareille ! »)
– …
– …
– …
– …
(Voix off : Quand je pense que je me suis attachée à Jean-Guy… Allez tous vous pendre.»)
– Oh, ça va, hein, on voit bien que ce n’est pas toi qui a dormi des nuits de trois heures pour finir cette fichue nouvelle.
– Bah, moi non plus.
– Idem.
– Ouais, moi aussi j’ai fait mes nuits.
– …
(Voix off : Evidemment, si la fin de l’histoire reposait sur le cerveau fatigué d’une seule et unique personne, il y a des circonstances atténuantes…)
– Merci, ça fait du bien de constater que mes efforts sont reconnus ! Bon, quitte à avoir une chute médiocre, si on en profitait pour éclaircir les derniers points demeurés obscurs de l’affaire ? Quelqu’un a des questions ?
– Ouais, kuakomékiki ?
– Pardon ?
– Tsk, ça veut dire quand est-ce qu’on mange, en espagnol.
– Tu veux dire : ¿Cuándo se come aquí ?
– Non, non, kuakomékiki.
– Bon, j’abandonne, vous êtes désespérants.
– Wah, l’autre hey, tu te plains, mais qui a pondu seize mille caractères en une nuit ?
– Et qui a passé toute une soirée à rectifier derrière toi les fautes et les incohérences ?
– Et qui s’est tapé toute la mise en page ?
– Joker. Disons qu’on a tous bossé comme des bêtes, qu’on est fans du résultat, qu’on trouve notre nouvelle sensass’, et qu’on arrive plus à passer les portes avec nos chevilles enflées, ça vous va ?
– Oui.
– Ouaip.
– Chevilles enflées… parle pour toi… Ouais, bon, ça me va. Mais j’veux que le dernier mot de la nouvelle en jette, qu’il ait de la gueule.
– Jette un oeil, et récupère-le, en bas de la page suivante.

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Chapitre 15 ou ne jamais oublier la sortie de boucle.

(Voix off : Mais non, crétin, c’est « Je suis ta mère » !)
– Oups, pardon, euh, Jean-Guy, je suis ta mère !
– … Excusez-moi, vous allez rire, mais j’ai cru entendre « Je suis ta mère », ahaha.
– …
(Voix off : …)

– Oh mon Dieu.
– Je sais ce que tu penses… commença Vous-savez-qui.
– Ça, ça m’étonnerait, gloussa nerveusement Jean-Guy.
– Il faut que tu comprennes… Dans notre société, les postes à responsabilité sont confiés aux Geeks, pas aux Geekettes. J’étais la plus brillante de ma promo, à l’ECE, et pourtant, je n’ai pas été nommée Major. Quand je suis arrivée sur le marché du travail, les portes se refermaient devant moi, mes patrons me craignaient, ils redoutaient que je les surpasse, et préféraient me virer avant que cela ne se produise. Notre civilisation a été bâtie par et pour des Geeks. Alors j’ai décidé d’en devenir un.
– J’crois qu’j'vais vomir…
– Tu n’arrêtes pas de te sentir mal depuis le début de la nouvelle, mon poussin. Tu devrais aller chez le médecin, j’ai peur que tu couves quelque chose.
– Je vous interdis de me materner ! Vous n’êtes pas ma mère ! Ma môman est une Mid, elle vit dans le secteur 5, et elle fait un délectable gratin aux…
– Aux épinards.
– … Comment le savez-vous ? couina Jean-Guy.
– C’est moi qui prépare tes gratins. La Geekette que tu penses être ta mère est une Noob que j’ai rencontrée alors qu’elle mendiait, et à qui j’ai offert un toit et de la nourriture si elle acceptait de s’occuper de toi jusqu’à ce que je te juge assez mûr pour connaître la vérité. Les gratins aux épinards sont le seul lien que je me suis autorisée à tisser avec toi, mon tout petit.
– … Et mon père ?
– Banque de sp…
– Eurk, inutile de terminer votre phrase, j’ai deviné, coupa Jean-Guy.
– Je sais que cela n’est pas facile à accepter, mais j’avais tellement envie d’être mère…
– …
– … Et en même temps, je désirais si fort mettre une raclée à cette bande de phallocrates que sont les Hackers !
– …
– Mais dis quelque chose, au moins… Cela fait des années que je me demande ce que tu deviens, à quoi tu ressembles, et je me sentais si coupable de t’avoir confié à une autre…
– Fichue Prophétie… Alors, c’est ça, ma destinée ? Découvrir que ma maman n’est pas ma maman, et que ma maman est mon papa ? Non, mais sérieusement, hein, l’équipe de comm’, vous plaisantez, là, c’est ça ? (Voix off : C’est vrai que c’est pourrave, comme chute, les gars.) Et l’ECE, c’était du flan ? En fait, Vous-savez-qui va revendre ses parts à la fin de la nouvelle ?
– Quoi ? Ah ça non, il n’en est pas question. C’est à moi, je le garde.
– Soyez raisonnable, mère, l’ECE ne doit pas devenir une entreprise privée.
– Non, c’est à moi, à moi, à moi, à moi…
– Euh, maman, je crois que tu as oublié de terminer ta boucle do par un while.
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– C’est marrant au départ, mais à force, ça devient lassant.
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Si tu ne cesses pas immédiatement ton manège, je te préviens, je vais sévir !
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Maman, je compte jusqu’à trois.
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Un…
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– … deux…
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– … trois.
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Maman, tu me tapes sur le système !
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Je vais péter un câble !
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Tais-toi !
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Tais-toi !!!
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– TAAAIIIS-TOOOOOIIIII !!!!
– … à moi, à moi, à moi, à moi, à moi, à moi…
– Tu l’auras voulu, trancha notre héros, excédé.

printf("Stupéfix.\n");
/* Stupéfixe l'adversaire, qui tombe évanoui jusqu'à ce qu'on le réveille par Enervatum. */
printf("Enervatum.\n");

– Pardonne-moi, maman, mais c’était nécessaire pour ma santé mentale.
– Oui, je peux comprendre ça, mon chéri.

printf("Rictusempra.\n");
/* Provoque chez l'adversaire un fou rire imposssible à maîtriser */

Aussitôt, Jean-Guy fut pris d’une irrépressible envie de rire, et se jeta à terre sous l’effet des convulsions.

printf("Finite incantatem.\n");
/* Annule tous les sorts en présence */

– Pardonne-moi, mon poussin, mais c’était nécessaire pour mon orgueil.
– AHAhaha. Oui, maman…
– Je disais donc, non, c’est à moi, et ça le restera.
– Bon, bah, d’accord, c’est toi qui décides.

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Chapitre 14 (NON, PAS 13 !) ou the battle (ouais, ça fait plus stylé en anglais).

#include < battle.h >

– Hein, qu’ouïe-je ? s’étonna Jean-Guy, percevant comme un guili-guili dans l’hémisphère gauche.
– On va s’amuser en C, niark niark niark. C’est un langage qui est à la fois de haut et de bas niveau, mais qui n’est enseigné qu’à peu de Hackers, car rares sont ceux qui le perçoivent.

int main()
{
/* Déclaration des variables */
char *joueur1, *joueur2;

/* Combat */
printf ("Le joueur le plus laid commence.\nÇa va pas être facile de les départager.\nBon, allez, Jean-Guy, à toi l'horreur.\nPréparez les claviers, et que le meilleur gagne !\n");

joueur1 = Jean_Guy;
joueur2 = Vous_savez_qui;
printf ("FIGHT !\n\n");

printf… Cette commande remuait quelque chose, tout au fond de Jean-Guy. Où avait-il bien pu l’entendre ?…


printf ("Joueur 1 trop lent.\nLe joueur 2 prend la main.\n");
joueur1 = Vous_savez_qui;
joueur2 = Jean_Guy;

– Yeah, Jean-Guy, prépare-toi ! Je vais tellement te défigurer que… enfin, défigurer, on se comprend… bref, je vais tellement te destroy que même ta maman ne te reconnaîtra plus, mouahaha !!

printf ("Vous-savez-qui : Expelliarmus !\n");
/* Désarme l'adversaire */

Un éclair de douleur frappa l’esprit de Jean-Guy. La souffrance était si intense qu’il tomba à genoux, et manqua perdre connaissance. Le cœur au bord des lèvres, il n’eut alors plus qu’une seule envie : mourir. C’est alors que, derrière le voile rouge de la douleur, il entrevit la solution.

Printf ("Jean-Guy : PROTEGO !!!\n");
/* Bouclier : retour à l'envoyeur */

Surpris par cette riposte inattendue, Vous-savez-qui oublia de se défendre, et vacilla sous l’effet de retour de son maléfice.
– Comment ? C’est… c’est… c’est impossible ! Cela ne se peut ! Tu n’es qu’un Mid !… Jean-Guy, ne crois pas que tu as gagné… Je n’étais pas préparé, mais maintenant, tu vas comprendre ta douleur…

printf ("Vous-savez-qui : Accio souris sans fil !\n") ;
/* Attire un objet */

– Tu comptes faire quoi, exactement, avec cette souris ? Me l’envoyer à la figure ? ironisa Jean-Guy.
– Bah, euh… ouais… balbutia Vous-savez-qui.

Printf ("Vous-savez-qui : WINGARDIUM LEVIOSA !\n");
/* Fait léviter un objet */

Mais Jean-Guy avait plus d’un tour dans sa sacoche :

printf ("Jean-Guy : Serpensortia.\n");
/* Fait apparaître un serpent */

Un câble coaxial ondula entre les lingettes pour écran, et saisit la pauvre souris au vol, avant de l’engloutir.
– Non mais ça va pas la tête ? tempêta Vous-savez-qui. Tu sais combien ça coûte une souris optique sans fil ? J’ai retenu mes coups jusqu’à présent car tu n’es qu’un Mid, mais là, tu as vraiment réussi à m’énerver ! Je vais devoir être méchant. Très méchant. Fais tes prières, Jean-Guy, car voici le pire de tous les maléfices…

printf ("Vous-savez-qui : AVADA KEDAVRA !!!\n");
/* L'un des trois Sortilèges Impardonnables */
printf ("Jean-Guy : PROTEGO !!!\n");

Les deux adversaires furent soudain auréolés d’une espèce de sphère de lumière dorée, et commencèrent à s’élever dans les airs. Jean-Guy, stupéfait, jeta un coup d’œil à Vous-savez-qui, et constata que ce dernier était tout aussi surpris de ce qui se passait.
– Priori incantatum… murmura Vous-savez-qui.
– Hein ? De quoi ça s’agit ?
– C’est ce qui se produit quand deux Hackers de la même famille combattent…
– Quoi ? Mais alors, cela signifie que…
– Oui.
– Non…
– Jean-Guy… je suis ton hamster.

return 0;
}

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Chapitre 12 où l’on approche lentement mais sûrement du combat final.

– C’est marrant comme ta tête va pas du tout avec ton corps, lâcha Jean-Guy, après un instant de silence.
– … Comment oses-tu m’insulter de la sorte, petit freluquet ? Qui es-tu ?
– J’m'appelle Jean-Guy, j’viens d’Paris ! J’suis hacker, winner, ascendant programmeur ! J’suis le roi d’l’ordi ! Sur les pages du net, pas besoin de lunettes ! J’suis le roi de l’ordi, ordi de Jean-Guy !
– Tu t’appelles vraiment Jean-Guy ? C’est pas grave, personne n’est parfait, et toi encore moins que les autres.
– Hey, be nice with Jean-Guy ! L’ordi ça rend méchant, moi c’est différent, moi j’suis né dans l’info, c’est mon élément, pas le tien apparemment. Oh, et en passant, j’avais un truc à te dire : t’es comme le C de surf, t’existes pas. Ah, j’t'ai cassé.
– C’en est trop ! En garde, monsieur le Hacker d’artichaut, on va voir ce que tu sais faire !
– Pas de problème, l’endive, tu vas regretter d’avoir racheté 70% de l’ECE. Mais d’ailleurs, quelle était la raison profonde de ton acte ?
– Bah, fallait bien investir pour arrondir les fins de mois… Tu sais ce que touche un informaticien, de nos jours… et sachant que je dois payer l’abonnement à Infomag, The Hackademy, Computerworld et Linux Magazine, le téléphone, les communications aussi bien vers la France que vers l’étranger, la carte Imagin’R, l’impôt sur le revenu, la redevance télé, l’essence, l’entretien du scooter, les frais d’opticien, les amendes pour téléchargements illégaux, et tutti quanti.
– Ah, je vois. Si j’ai bien compris, sans cet investissement, tu peux dire adieu au haut débit, n’est-ce pas ?
– Bah oui, c’est triste, non ?
– C’est surtout la honte, oui. Mais t’inquiète pas, dis-toi que dans la vie, il y a les winners et les loosers, et toi en l’occurrence, t’es pire qu’un looser.
– C’est hallucinant, tout de même, tes vannes sont vraiment comme l’erreur 404…
– C’est-à-dire ?
– Elles mènent à rien.
– Laisse-moi te mettre la pâtée, et on verra qui est le looser de nous deux. Tu préfères te battre sur quoi ?
– Je ne combats que sur HTKC.
– Peu importe le compilateur, que la force soit avec moi ! Tu vas souffrir !

Les deux adversaires se jaugèrent un instant du regard, cherchant la faille dans le comportement de l’autre. Et le combat qui devait faire entrer Jean-Guy dans l’histoire commença.

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Chapitre 11 où Jean-Guy se sent mal pour la huitième fois

Après avoir récité une rapide prière à la mémoire du Noob (« Au nom du peer, du fils, et du saint wifi, amen. »), Jean-Guy regarda autour de lui. Il se tenait devant un immense château, dont les tours étaient si élevées qu’elles disparaissaient dans les nuages (ouais, un château au beau milieu d’une ville technologiquement hyperdéveloppée, ça se tient… tu m’diras, après le ravin, on n’en est plus à ça près niveau réalisme). Une brève hésitation, puis Jean-Guy pesa de tout son poids sur la grande porte.

Contre toute attente celle-ci ne débouchait pas sur un hall d’entrée, mais sur une drôle de pièce ronde, dont le mur était flanqué de douze portes identiques à celle par laquelle il venait de passer. Avant même qu’il n’ait décidé quoi que ce soit, cette dernière se referma derrière lui dans un grand fracas, et la pièce se mit soudain à tourner. On se serait cru dans une centrifugeuse à salade (comment ça c’est pas comme ça que ça s’appelle ? On m’aurait menti ?). Lorsque le phénomène cessa, Jean-Guy avait vomi ses tartines beurrées et ne savait plus par où il était arrivé. Il tergiversa deux secondes, puis ouvrit une porte au hasard.

Là, il fut pris d’un étourdissement. Face à lui se tenait un être dont la laideur terrifiante le laissait sans voix. Sous le coup de l’émotion, les lunettes de Jean-Guy avaient glissé de son nez, et lorsqu’il tendit la main pour les remettre en place, il se rendit compte que le monstre en faisait autant avec les siennes. Il comprit alors qu’il se trouvait devant un miroir, qui lui renvoyait son propre reflet. Avec un rire nerveux, il referma la porte, et quand la pièce eut fini de tournoyer, saisit la poignée la plus proche.

A nouveau, il se retrouva face à un Geek terriblement laid, mais cette fois-ci, le reflet était… différent… Jean-Guy se voyait… en plus âgé. Et sursauta en constatant que ce n’était pas un reflet.

C’était un Geek.

Vous-savez-qui.

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Chapitre 10 où l’on se débarrasse du Noob comme d’une vieille chaussette.

– Bon, où c’est qu’on va ? demanda le Noob.
– Comment ça, où c’est qu’on va ?
– Où c’est qu’on va ?
– Arrête de répéter tout ce que je dis.
– Arrête de répéter tout ce que je dis !
– Hop hop hop, je te préviens tout de suite, aujourd’hui, je ne me sens pas d’humeur à être patient, et ça va vite me saoûler ton petit jeu de gamin de six ans, alors t’arrêtes.
– Hop, hop, hop ! J’te préviens, gnah gnah gnah, pas d’humeur, gnah gnah gnah ton p’tit jeu d’gamin d’six ans ! Alors t’arrêtes !
– …
– …
– Hum, le caca, c’est délicieux !
– Hum, le caca, c’est délicieux !
– Beurk…
– T’as raison…
– T’as perdu ! Bon, c’est pas tout, mais t’as toujours pas répondu à ma question.
– Bah, j’te suis.
– Et pourquoi donc ?
– En fait, j’étais chez moi, des copains sont arrivés devant ma maison, et ils m’ont dit : « Hey, Manu, tu descends ? ». Alors j’leur ai demandé : « Bah pour quoi faire ? », et ils m’ont répondu : « Baah… c’est ton destin ! ». Et tadaaam !
– Chouette. Heureusement qu’il y a un ravin plus loin dans le chapitre, j’ai failli sauver le monde en compagnie d’un inconnu.
– Hein ?
– Cherche pas, c’est un calembour. Allez, viens, on va par là.

Or, chacun le sait, les précipices abondent dans les rues.
– Oh, un ravin. Oh, un pont de cordes à moitié effiloché.
– Tu as peur du vide ? questionna le Noob.
– Terriblement, oui.
– Bon, bah il vaut mieux que tu passes devant. Je te suis de près.
– Mais euh. Pourquoi moi ?
– C’est psychologique. Et puis, si je passe devant, je ne mourrai pas correctement.
– Ah. Ok.

Tremblant de tous ses membres, Jean-Guy posa un pied, puis l’autre sur l’étroite passerelle. Le cœur au bord des lèvres, il s’arrêta un instant, afin de reprendre ses esprits. Derrière, le Noob s’engagea lui aussi sur le pont aérien et, voyant Jean-Guy en difficulté, posa une main sur son épaule en signe d’encouragement. C’était l’erreur à ne pas commettre. Crispé, les nerfs tendus à craquer, Jean-Guy sursauta, et se mit à courir comme un dératé vers l’autre extrémité.
– Engagez-vous, qu’ils disaient…
Ce murmure provenait du fond du ravin, où le pauvre Noob agonisait, les os en miettes : le pont avait rendu l’âme avant qu’il n’atteigne le bord, cédant sous les pas pesants de Jean-Guy.
– Quelle triste fin, soupira ce dernier. Il n’aura même pas pû connaître le nouveau système d’exploitation Unix qui devait sortir d’ici une semaine…

Ainsi se termina la courte intervention du Noob dans les aventures de Jean-Guy.

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Chapitre 9 ou « En voiture, Simone ! ».

Cela faisait à présent cinq jours que Jean-Guy s’était vu confier la lourde tâche de sauver le monde. Cinq longues journées, durant lesquelles il n’avait cessé de ressasser les dernières paroles du vieil homme :
– Il faut que tu trouves Tu-sais-qui, et que tu l’affaiblisses, kof, pour le détruire…
– Plus facile à dire qu’à faire, avait alors marmonné le jeune Mid.
– Kof, tu devras combattre par la force de ton esprit, kof kof… (Voix off : Hé ben, on est pas mal barrés…) Kof, bah en fait, je me rendais chez un Hacker réputé, du nom de Thomas Anderson, quand soudain, kof, je n’ai plus eu la force de continuer, j’ai senti quelque chose se déchirer en moi, kof, je me suis trouvé mal, et kof, j’étais dans le quartier, kof kof kof, bon bah, il fallait bien que quelqu’un, kof, délivre le peuple geek du kof-joug-kof de Tu-sais-qui, kof kof kof kof kof (Voix off : Bah, forcément…). Et puis, on en est même pas à trente-cinq mille caractères… (Voix off : C’est vrai que vu sous cet angle…) Kof, donc je suis kof venu voir le p’tit.
– Vous savez que c’est très malpoli de parler d’une tierce personne en sa présence ?
– Ouais, tout ça pour dire que tu vas combattre en langage C pour détourner l’attention de Tu-sais-qui, puis que tu feras planter son PC avec Windaube, et comme tout Hacker qui se respecte est lié psychiquement à son ordinateur, il y a de fortes chances pour que tu en fasses un légume. Kof, raaah… je meurs, je meurs, je meurs… Ah oui, au fait, je t’ai trouvé cette lotion apaisante, pour ton urticaire. Trois fois par jour, sur une peau propre et sèche. KOF ! Je suis mort.

Les yeux embués de larmes, Jean-Guy saisit la main du vieil homme, et murmura doucement :
– Sur une peau propre et sèche. Merci pour tout…

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, il se trouvait dans le quartier le plus huppé de la ville, celui des Hackers. Pour la énième fois, il saisit sa sacoche de portable, afin de vérifier s’il n’avait rien oublié chez lui, mais, enveloppé avec amour dans une peau de chamois, Darius somnolait tranquillement, près de sa prise-secteur, de sa souris optique, de son firewall, et de ses petites lingettes pour écran LCD (oui, parce qu’à seulement trois ans, Dada est comme tous les laptops de son âge : il n’est pas encore propre, mais ne t’inquiète pas, Jean-Guy, ça viendra. Un jour, promis, ton Darius n’aura plus besoin qu’on l’essuie. Et c’est valable pour toi aussi.) ; enfin, dans la poche de devant, Jean-Guy avait placé son antivirus, afin d’être prêt à le dégainer en cas de besoin.

Jean-Guy s’arrêta devant un poteau indicateur. « Vous-savez-qui à cinq cents mètres sur votre droite » lut-il. L’esprit de notre héros était en ébullition. D’un côté, il mourait d’envie de défier Celui-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom et de sauver le monde, mais d’un autre côté, c’était un bien grand poids, pour de si frêles épaules. De plus, maintenant qu’il y réfléchissait, Jean-Guy avait oublié d’updater son antivirus avant de partir, ce qui signifiait qu’il courait le risque de se faire formater Darius s’il se faisait attaquer par un… non, il ne voulait même pas y penser… mais avec un frisson d’angoisse, il serra un peu plus fort son PC contre son cœur.

C’est à cet instant précis que la chef d’équipe de comm’ découvre qu’il n’y a pas un, mais deux sadiques dans son groupe. Car voici qu’à un tournant apparaît… oh mon dieu, c’est un virus ! Le regard flamboyant, la bête fixait Darius de ses petits yeux visqueux tandis que Jean-Guy lançait un scan rapide. Enfer et damnation ! Elle ne figurait pas dans la base de données antivirale ! Comme si elle pouvait lire dans ses pensées, la chose informatique se pourléchait les babines, salivant à l’avance des dégâts qu’elle allait causer. Notre héros ne fit ni une, ni deux, et s’élança à toute vitesse pour échapper à cette menace. Mais rappelons que Jean-Guy est un Geek. Par définition, un Geek ne fait pas de sport, et répugne même à prononcer ce mot. Donc, au bout de dix mètres de course, Jean-Guy nous fait une charmante crise d’asthme, et le virus le rattrape.

Et c’est là que l’on sent que la chef d’équipe a un petit côté mère-poule, car voilà qu’arrive un nouveau personnage : et on applaudit le Noob ! (Clap clap clap clap !) Rapide comme l’éclair, ce dernier lança la clé de son réseau wifi à Jean-Guy, ce qui permit à notre héros de se connecter à distance, de faire un live update en deux temps, trois mouvements, et kaput le virus.

Encore un peu sonné par les événements (à moins que cela ne soit évènements… ou peut-être évênements… Hum, je pourrais avoir le vote du public, s’il-vous-plaît ?), Jean-Guy alla remercier celui qui venait de lui sauver la vie (car au cas où vous ne l’auriez pas compris, son laptop était sa vie).
– Raah, mon Dieu…
– Oh, arrête, tu vas me faire rougir. Appelle-moi plutôt Manu.
– Enchanté, Manu, moi c’est Jean-Guy. Comment cela se fait-il qu’un Noob, sans vouloir t’offenser, sache faire fonctionner une connection réseau à distance ?
– Mon père était un Noob, ma mère, une Mid.
– Wahou, un Sang-mêlé ! J’en avais jamais vu, jusqu’alors ! Vous avez tous autant d’acné ?
– … T’as de la chance d’être déjà défiguré, parce que sinon…

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Chapitre 8 bis, où l’on fait mourir le vieil homme en une ligne.

Le vieil homme meurt.

(– C’est nul comme début de chapitre…
– Ouais, trop. Mais on met quoi dedans, alors ?
– Ce chapitre est d’une importance capitale, vous savez.
– Ah bon ?
– Roh, t’as pas suivi ce qu’on disait pendant la réunion de comm’ ?
– Bah non, je faisais un sudoku…
– Aaaaah ! Démoniaque ! Satanique !
– En fait, on a décidé que Jean-Guy devait faire une quête dans le style de celle du Seigneur des Anneaux, avec un objet à détruire pour mettre la pâtée à Vous-savez-qui.
– Vade retro Satanas !
– Et en quoi le présent chapitre est-il si primordial ?
– C’est là que le vieil homme va donner à Jean-Guy ce qui va lui permettre d’affaiblir Vous-savez-qui lors du combat final : un CD d’installation de Windaube XP !
– J’capte pas pourquoi c’est censé affaiblir Vous-savez-qui.
– Bah, Windaube est un produit de Crosoft, donc c’est forcément bourré de bugs, donc ça va forcément faire planter Vous-savez-qui.
– Crosoft ! Encore un autre fils du démon !
– Ah, okay, et le rapport avec le vieux ?
– On va le tuer dans ce chapitre, parce qu’on sait pas quoi en faire et qu’il nous gêne. C’est donc lui qui apporte à Jean-Guy le CD, qu’il s’est battu pour avoir. Et il crève devant Jean-Guy, des suites de ses blessures, mouahahaha !
– Et il ira brûler en enfer !
– Une dernière question : pourquoi chapitre 8 bis et pas chapitre 9 ?
– …
– …
– …
– Répondez pas tous les trois en même temps, hein.
– En fait, vu qu’on s’est réparti les chapitres, ben euh… on a failli oublier de le faire.
– …
– Et en parlant d’oubli, est-ce que Jean-Guy a toujours de l’urticaire ?
– A priori, oui.
– Sacrebleu ! Il va falloir régler ce petit problème-là aussi. Bon, allez les djeun’s, on règle son compte au vieux, vite fait bien fait.)

En traînant dans les bars pour récolter des informations sur la destinée de Jean-Guy, le vieil homme a découvert l’existence d’un antique système d’exploitation capable de faire planter n’importe quel PC. Il s’est donc mis en quête de ce trésor, s’est battu contre deux, non, trois, non, trente Geeks bodybuildés, a récupéré le CD, est allé chez Jean-Guy, lui a expliqué que cette arme pouvait permettre de défaire Vous-savez-qui (un Hacker de génie qui terrorisait tout le peuple geek depuis près de dix ans) et est décédé d’une hémorragie interne.

(– …
– …
– …
– En effet, ç’aurait été dommage de zapper une scène aussi intense émotionnellement.)

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Chapitre 8 ou Sissi, pardon, Jean-Guy face à son destin.

Les pas de Jean-Guy le ramenèrent à la K’fèt, et il y réussit le tour de force de dégoter une chaise libre dans laquelle il s’effondra, désespérant de jamais pouvoir s’adapter à cette zone. Perdu dans ses pensées, il capta cependant une conversation entre trois jeunes étudiants, concernant leur projet de communication écrite et orale.

– Waaaaah ! Hey, les gars, on est trop à la ramasse avec la nouvelle…
– Ouais, c’est trop la mort !
– Moi j’en suis qu’au milieu de ma quinzième page…
– Ouais, c’est trop la mort !
– On mange où, ce midi ? J’ai trop la dalle, mais j’ai pas envie d’aller au RU.
– Ouais, c’est trop la mort !

Ne vous en faites pas, Jean-Guy va interrompre cette palpitante conversation.
– Excusez-moi, je suis venu à l’ECE car on m’a dit que je devais y accomplir une prophétie, sauriez-vous de quoi il retourne ? demanda timidement notre héros.
– Tu dois faire notre projet de comm’ !
– Ne me prenez pas pour un Noob, je ne suis pas né de la dernière…

Mais Jean-Guy ne put finir sa phrase car les trois Geeks s’étaient envolés vers d’autres cieux, comme un trio bien connu dont nous tairons l’identité, réputation oblige. Dépité, notre personnage principal saisit le quotidien gratuit qu’ils avaient oublié sur leur table, et tomba sur un sudoku. Le sudoku, rappelons-le tout de suite, est un loisir ignoble, vil et infâme, qui peut, certes, se montrer utile pour passer le temps en cours d’électrostatique, mais qui n’en demeure pas moins une activité démoniaque et satanique, et vous verrez, car en vérité je vous le dis, mes frères, quand ce mot entrera dans le Petit Robert, il en sera fini de nous, de notre civilisation, et de nos coutumes ! Voilà, il fallait que ça soit précisé. C’est à ce moment, fort bien choisi, que soudain…
– Oh non, pas encore…
Arrête un peu de paniquer ! Puisque je te dis qu’il existe des gens équilibrés dans la profession… Mince alors, c’est pas vrai ça, un trouillard pareil ! Ceci étant dit, en fait, tu détournes les yeux de ton sudoku (démoniaque ! satanique !), tu regardes la page people, et là… c’est le drame.
– Dorothée annonce son come back, lut à voix haute Jean-Guy.
– Mais non, sombre crétin, regarde plus bas.
– Vous-savez-qui rachète 70 % de l’ECE.

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